Les nouvelles du Pech (2007)

by magali 12/11/2007 4:35:00 PM

 

2007 est le dixième millésime que nous vinifions, Ludovic et moi. Nous continuons sur le chemin qu’avait emprunté mon père, Daniel TISSOT, mais … que la course est longue ! 

Nous étions partis pour le semi marathon, et nous voici engagés dans un marathon ! Nous avons longuement travaillé notre endurance … mais là … le souffle devient court. Il nous faut puiser au plus profond de nous-mêmes pour continuer (et avec le sourire, s’il-vous-plaît !).

Bon la période est difficile, mais nous tenons bon. 

2007 a mis nos nerfs à rude épreuve. « Année de foin, année de rien ». Printemps et été maussades, de l’herbe, un travail du sol difficile, des champignons …
Les chiffres annoncés varient selon les régions et la bonne foi des vignerons, les pertes allant de 20% à 100% de la récolte : la poêlée de mildiou est indigeste…
Au Pech, nous estimons les pertes à 50%... C’est beaucoup, beaucoup trop en cette période tendue, quand on se dit,  chaque année, que la suivante sera meilleure. 

Comme en 2006, on a trié, trié, trié, cette fois-ci, pour enlever les bouts de rafles secs et les grains attaqués par les vers de la grappe.
La douceur providentielle de septembre a certes sauvé le millésime mais elle a également donné une nouvelle jeunesse à un petit papillon nommé Eudémis qui pond sur les grappes et dont les vers se nourrissent de liquides sucrés … ils se sont régalés !
Du 24 septembre au 12 octobre, durant notre magnifique arrière saison, nous avons pris notre temps pour récolter, trois semaines de vendanges, une toute petite petite récolte mais un millésime qui s’annonce d’une qualité exceptionnelle (ouf !!!).
 

Les vignes n’auront pas trop souffert cette année de l’eau, peu de raisins, pas de traumatisme mécanique. Les feuilles ont assuré leur rôle jusqu’au bout assurant à la vigne une bonne mise en réserves … Nous pouvons espérer une belle saison l’année prochaine …On va y arriver, on va y arriver … 

Petits points sur les réformes

L’an dernier, nous avions longuement disserté sur nos « désagréments », les dérives des Appellations d’Origine Contrôlée (A.O.C.), nos engagements pour les sauvegarder, la dichotomie du monde vigneron…
Notre profession s’enferre dans l’alignement sur la production des vins de asse des pays du nouveau monde.
Les STE (Sites et Terroirs d’Exception) ou AOCe (e pour excellence) ne verront certainement pas le jour dans le cadre de la réforme actuelle. Quelle déception !
Il faudra se contenter d’une réécriture des décrets d’appellation très permissive quant  aux pratiques viticoles et œnologiques. La création d’un label indépendant semble être la la seule alternative pour les domaines aux situations exceptionnelles et aux pratiques exigeantes
La guerre des chefs, du pouvoir et des intérêts continue.
Et que dit le plus fort ? Il dit qu’à court terme, en viticulture, profit et rentabilité ne sont pas compatibles avec respect de l’environnement et du consommateur… 

Vigneron reste un beau métier

L’humeur du vigneron est changeante, elle varie avec les caprices du temps, la santé des vignes, des vins, le commerce … d’où les petites causeries de vignerons qui fleurissent ici ou là (vous trouverez des adresses de sites et blogs gastronomiques ou vignerons sur notre site : www.domainedupech.com). 

Parmi les ingrédients de la bonne humeur du vigneron : les pleurs de la vigne (quand la sève remonte au printemps et coule par les plaies de taille), les bourgeons qui bousculent leur cocon, les premières feuilles, la première fleur de vigne, la formation des grains, quand la fleur est fécondée (on appelle cela la nouaison), les premiers raisins vérés (quand ils changent de couleur, passant du vert au rose), la dégustation des raisins à la veille des vendanges , le premier raisin coupé, le dernier, la musique des fermentations, les odeurs, la transformation progressive du moût (jus de raisin) en vin, le foulage au pied, et puis … le décuvage (quand on sépare le jus du marc) , l’entonnage (remplissage des barriques), l’évolution des vins en cours d’élevage, le moment où l’on décide de sortir le vin des barriques, quand on est convaincu que l’élevage est fini, que l’équilibre recherché est atteint, suivi de la dégustation minutieuse de chaque ½ muids pour savoir s’il faut en écarter un , enfin le soutirage, l’assemblage … Ces moments sont tous riches : ils sont l’aboutissement d’une ou plusieurs années de travail et ils président à la réussite d’un millésime.  

Alors, rien que du bonheur ?

Pas seulement : le parcours est parsemé d’obstacles, de pièges, et parfois même, des « méchants » essaient de nous orienter vers le mauvais chemin… Lorsqu’on devient un joueur confirmé, on peut, si on en a l’envie, changer de stratégie par jeu ou par goût.Nous avons choisi l’option « sans joker ni assistant de jeu ». Les seules « cartes Chance » dont nous disposons nous permettent de réserver des moments pour la synthèse des connaissances, la confrontation des expériences, l’observation ou encore la dégustation. Mais attention, il ne faut pas jouer ces cartes n’importe quand ni avec n’importe quel adversaire !

Le jeu comporte trois étapes, avec chacune un objectif différent.
La première vise à avoir des vignes dont l’équilibre permet d’obtenir les meilleurs raisins possibles une année donnée sur un terroir donné. Parmi les mauvaises cartes, il y a, le mildiou, l’oïdium, le black rot, les vers de la grappe, cicadelles et compagnie, les maladies du bois (Esca, Euthypiose…), difficiles à contenir, la pluie au mauvais moment, la grêle … 

Tout cela n’est pas grand-chose si on se contente de traiter les symptômes, c’est beaucoup plus compliqué si l’on considère que ces problèmes sont liés à un déséquilibre du sol, de la relation sol-plante ou à une fragilité du végétal (petit rappel : la vigne a un cycle végétatif relativement court et une croissance très rapide … d’où les portes d’entrée à de nombreuses maladies).
A nous de trouver les moyens d’aider le sol à rester vivant et la plante à passer les caps difficiles. Pour se faire, travail du sol réfléchi, pas de désherbant, de pesticides ni d’engrais, soufre et cuivre en petites quantités, tisanes de plantes, huiles essentielles ….Quant aux « ravageurs », le meilleur remède est la biodiversité animale et végétale.
A la fin de la première étape de ce jeu (bio)dynamique, si on a été rigoureux et honnête en terme de pratiques agricoles, on obtient des « cartes Aide », atouts précieux pour les années futures : les fleurs se diversifient, les vers de terre se multiplient, signes de santé du sol, les vignes sont moins exubérantes (elles vieillissent aussi), mieux enracinées, ont un développement plus régulier. 

Restent deux étapes avant de gagner la partie : faire du bon vin … et le faire savoir.
Là aussi, plusieurs pistes se présentent, par exemple :
-         on a de beaux raisins, comment les vendange-t-on ? à la main ou à la machine .
-         comment les transporte-t-on ?
-         garde-t-on la rafle ? trie-t-on ?
-         faut-il sulfiter la vendange ?
-         quel choix, quels risques pour la vinification, l’élevage ? … 

Pour faire du bon vin, au Pech, nous avons tout axé sur la qualité des raisins.
Petits rendements, vendanges manuelles en petites cagettes (il paraît que çà ne se voit que dans les grands châteaux … ), seul produit œnologique autorisé en cave : le soufre, avec parcimonie (les doses de soufre total dans nos vins en bouteilles sont de l’ordre de 10 à 30 mg/l alors que la dose autorisée est 125 mg/l et la dose fréquemment présente sur vins rouges 75 à 100 mg/l).

Longs élevages dans le bois.
Respect des raisins, respect du vin, préservation de l’équilibre. 

Tout cela doit vous paraître bien simple et bien naturel. Figurez-vous que c’est complètement en dehors des canons de l’œnologie moderne.
Pourquoi ? Parce que la production a radicalement changé en vingt ou trente ans.
Plus de rendements pour « faire plus d’argent », d’où plus d’engrais, plus de pesticides pour assurer la récolte, et mécanisation maximale pour diminuer les coûts.   Le résultat : des vignes sans âme, des raisins sans goût dont la flore indigène est pauvre et sélectionnée (les levures de fermentation sont naturellement présentes sur les pellicules).
Ce n’est pas grave : les moûts seront systématiquement fortement sulfités pour tuer tous les micro-organismes présents puis ensemencés avec des produits du commerce …
Une batterie de produits viendront ensuite compenser les déficiences des raisins, puis une série de traitements physiques et chimiques pour arranger et stabiliser le vin en fonction de la cible de client visée. Tout cela bien emballé, et on aura un produit tendance, qui ne heurte pas le palais et qui se boit comme une Badoit (théoriquement les bulles en moins et l’alcool en plus). Vin de Pays ou AOC, çà se vend mieux. Un vrai produit de consommation ; il y a bien de petites différences entre les régions, parfois même au sein des régions voire d’un millésime à l’autre, mais il ne faut pas s’inquiéter : l’irrigatio, les copeaux, et le reste vont bientôt tout arranger.
Après cela, on s’étonne de lire pour les vins de notre région, « Buzet : vins rouges légers et fruités, garde 3 à 5 ans. A boire sur jambon, pizza, grillades ».
Pfff, quelle dégringolade.
Remarquez, vu que les gens n’ont plus de cave et ne cuisinent plus, l’avenir du « Buzet » semble assuré ! Petit caillou dans l’engrenage : tout le monde (et même le Monde), sait faire ce style de vin. 

Troisième étape : faire savoir que notre vin est bon ...

Voici trois ans maintenant que nous savons que notre 2003, notre petit chouchou, sera en Vin de Table.
Comme vous le savez, il est … « atypique » !!! Tu parles d’une tare … 2004 aussi. Bon . Colère, incompréhension, réflexion, réaction. Petites mises au point.  Nous savons où nous voulons aller, pourquoi et comment. Il faut se donner les moyens de continuer. Pour cela, énergie et RELAIS efficaces. C’est ici que vous rentrez en scène, vous êtes nos relais, les maillons de la chaîne, nous avons besoin de vous tous.
 
Nous continuons la bataille, pour une viticulture saine et respectueuse du terroir. Certains jours, nôtre bâton de pèlerin nous semble bien lourd, et pourtant … les chemins de traverse s’il en est, nous ravissent.
 
Nous ne souhaitons plus aujourd’hui renverser les barrières, nous voulons trouver et respecter l’harmonie d’un lieu, chaque chose, chaque être à sa place et continuer à avancer, droits dans nos bottes.
Les millésimes 2005 et 2006 ont renoué avec l’appellation, grand soulagement, çà va faciliter les choses au plan commercial. Ne nous demandez pas comment cela se fait, nous n’en avons aucune idée, nous n’avons rien changé à nos pratiques, bien au contraire.
 
Nous sommes conscients de nous adresser aujourd’hui aux AMOUREUX DU VIN, ceux qui cherchent à lire derrière les étiquettes, un public d’amateurs, de connaisseurs ou de novices, curieux et attentifs au respect et au soin que nous apportons à nos différentes cuvées, attachés à cette notion de vins uniques.
 
Les grognons, pessimistes et rabat-joie nous assènent que nous n’allons pas y arriver, que nous nous adressons à un marché de niche … Si on se cache derrière un label, une étiquette (bio, nature …), peut-être …
Ce n’est pas notre souhait. Nous voulons proposer un produit sain, issu d’un travail respectueux du vivant, accessible au plus grand nombre.
 

Bref un Vrai Vin de Vigneron, une invitation au voyage. 

Nous faisons le pari, certes osé, qu’un vin ne doit pas nécessairement répondre à la demande des consommateurs mais bien susciter leurs questions et les étonner. 

Vous voulez rejouer ?

Be the first to rate this post

  • Currently 0/5 Stars.
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Tags: , ,

Conduite de la vigne | Appellation

Add comment


(Will show your Gravatar icon)  

  Country flag

biuquote
  • Comment
  • Preview
Loading



Powered by EARL Daniel Tissot, version 1.4.5.0

A propos de l'auteur

Name of author Magali Tissot et Ludovic Bonnelle
Vignerons en biodynamie.

Send mailinfo@domainedupech.com
Petit appel a resistance

Recent posts

Recent comments

None

Disclaimer

L'ensemble de ce site web est couvert par le droit d'auteur et marques déposées. Vous pouvez télécharger ou imprimer sur papier des pages et/ou des parties du site web, pour autant que vous ne supprimiez pas les mentions relatives au droit d'auteur ou autres mentions concernant les droits de propriété.

© Copyright 2009

Sign in