Les nouvelles du Pech (2008)

by magali 11/30/2008 5:35:00 AM

 

Et de trois !

Après 2006 et son orage à la veille des vendanges, 2007 et son climat pluvieux, voici 2008 … et son climat froid et pluvieux.

 

Certains disent que c’est du fait des treize lunes. Il semblerait qu’il y en ait encore treize l’année prochaine, cela promet ! Nous sommes bien placés pour dire que tout cela n’est que superstition et qu’il n’y a rien de scientifique dans tout cela… (Hihihi)

 

Novembre 2008

Nous sortons à peine de nos caves : les vendanges se sont terminées le 23 octobre et la Badinerie vient tout juste d’être entonnée. La parenthèse des vendanges aura duré…un mois et demi !

Déjà, il nous faut penser au commerce, repartir en tournée, expliquer nos vins, notre façon de travailler, nos déboires, nos envies, se dévoiler un peu mais pas trop. Le vin raconte déjà tellement de nous-mêmes !

 

Les vignes du Pech ont aujourd’hui vingt-cinq ans en moyenne. Elles ont le défaut de leur âge : elles ont été pensées au moment où le machinisme et le productivisme semblaient source de progrès. Elles ont connu la chimie sans excès et la machine à vendanger pendant une vingtaine d’années.

 

L’objectif au Pech a de tout temps été de faire des vins d’exception

(attention à ne pas lire « l'objectif au Pech a de tout temps été d’avoir des problèmes d’agrément » hihihi ! Encore…)

 

Le constat d' il y a 5 ans: après vingt ans de dur labeur, force est de constater que les sols, les vignes, les vins sont en apnée. Un vignoble de coteaux dans le Sud Ouest à faible densité de plantation (4000 pieds par hectare), issu principalement de sélection clonale conduit avec le minimum de personnel s’asphyxie. Les dégâts sont très importants, on note principalement une forte mortalité des pieds.

Retrouver des gestes ancestraux, des réflexes basés sur des connaissances empiriques, sans se scléroser, en restant ouverts sur le monde n’est pas chose facile. Il faut tout repenser, ne plus ouvrir les sols mais les faire respirer, aider les racines à plonger pour trouver le juste équilibre dont la vigne a besoin. Il faut également changer notre regard sur la vigne, considérer l’herbe comme une amie, un indicateur de l’état de nos sols, un facteur de biodiversité.

 

Le retour au travail du sol est une tâche considérable.

Il entraîne des restructurations profondes.

Il nous faut protéger les jeunes plants, les pieds récemment régénérés, redresser les ceps tordus par la machine à vendanger, les rangs entiers qui partent de guingois. C’est un travail de titan, cela représente un investissement considérable en temps et en argent. Nous l’avons entrepris au printemps dernier et le poursuivons cet automne et une partie de l’hiver : redresser, tuteurer, biner, enlever les vieux plastiques… permettre à notre terre de respirer, remettre en mouvement l’existant.

 

Nous serions boulangers, nous en serions à notre dixième pétrin. Un pétrin, c’est un cycle, une année, le temps qu’il faut pour savoir si la pointe de sel enlevée, les secondes de cuisson en moins améliorent ou déséquilibrent la recette.

Pas facile d’être d’éternels débutants …

 

 

Petite présentation du millésime

2008 a été une année difficile au plan végétatif. Les médias ont largement fait écho de la petite récolte en volume avec selon les régions le gel, la pluie et le mildiou, la grêle ou la sécheresse automnale pour responsables. Ils ont également organisé une campagne de lynchage de la qualité du millésime.

ça change du millésime du siècle… et on reconnaît bien là l’art de la demi-mesure !

 

Nombre de vignerons qualifient cette année de « technique », dans les vignes, pour les vendanges, et au chai.

Nous l’avons trouvée assez déroutante en effet, avec une maturité difficile à atteindre et au final des équilibres inédits. Pas d’analyses de moût en 2008 au Domaine du Pech: observation, toucher, dégustation. Pour information, certains laboratoires forment actuellement des techniciens pour tester la texture extérieure des grains de raisin afin de guider le vigneron. Il paraît que c’est un indicateur fiable pour suivre la maturité ! Révolutionnaire, non ?? Patience, bientôt ils vont se rendre compte que finalement pour faire du bon vin il faut de bons raisins, que pour avoir de bons raisins il faut une bonne vigne et que pour avoir une bonne vigne il faut un bon sol.

 

Reste à définir ce que l’on entend par bon raisin. Pour nous, c’est un raisin propre et sain. Une étude, soutenue par le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures) sur la présence de résidus de pesticides dans le vin, « Message dans une bouteille »,  a été publiée cette année. Elle a malheureusement été peu relayée par les médias, elle écorne le mythe du vin, qui semble bien loin de la plus saine et la plus hygiénique des boissons.

Nos vignes sont loin d’être parfaites selon les canons institutionnels : il y a de l’herbe (parfois même sous le rang !), des raisins desséchés par la maladie (pas tous les ans heureusement), mais nous vendangeons à la main. Les vendangeurs cueillent, observent et nettoient chaque grappe pour enlever les parties altérées afin d’amener une vendange parfaite au chai (il faut souvent couper les grappes en deux pour trouver bien cachées au milieu des baies percées par les vers de la grappe, botrytisées ou oxydées, quel boulot !). Les raisins sont ensuite délicatement posés dans de petites cagettes et acheminés au cuvier où chaque cagette sera à nouveau vérifiée. Puis égrappage, nouveau tri, encuvage.

Les jus de 2008 sont très surprenants, très nets, assez denses, très très sucrés mais avec une belle fraîcheur.

ça ne s’annonce donc pas si mal pour une petite année !

 

Seul bémol, les rendements.

Nous savions avoir peu de raisins mais pensions flirter gaiement autour des 15 Hl/Ha cette année (!!!)

Hélas, à la sortie du pressoir, nous en sommes encore loin.

Je me souviens d’une fin de semaine où nous avons décidé après avoir fait le tour des vignes de repousser les vendanges au lundi : l’acidité nous semblait encore un peu vive, les tanins des peaux un peu fermes et l’état sanitaire n’appelait aucune précipitation. Je me souviens du vent du sud et de la chaleur de ce weekend-là, nous comptions les litres qui s’évaporaient…

En 2008, c’était le prix à payer pour une vendange de qualité.

 

Homme ou machine ?

Une année au Pech, ce sont cinq personnes à temps plein, plus trois à cinq saisonniers pendant quatre à cinq mois (merci Sergio, pilier de la maison, Marion, Didier, Christelle, nos deux Jean-Michel ...), plus une équipe de trente vendangeurs…

Parfois, ça nous donne un peu le tournis surtout pour si peu de vin à la fin.

 

Nous suivons de près les améliorations apportées aux épampreuses, releveuses, et autres vendangeuses… Arrive aujourd’hui la génération du matériel intelligent qui s’adapte au sol, aux conditions de travail… qui enregistre et consigne tout… qui réfléchit au travers des vendeurs de poison et qui donne bonne conscience aux agriculteurs et aux consommateurs. On n’a pas fini d’en parler !

 

Nous voulons toujours penser que si chacun met du sens dans ses actes, si chacun comprend ce qu’il fait et pourquoi, si en épamprant on a un petit geste pour un jeune pied ou on dégage un cep, si en relevant on peaufine l’éclaircissage, un jour, un jour, peut-être nous nous y retrouverons.

 

Nous avons vu (quel bonheur !) la vie revenir dans certaines parcelles d’où elle s’en était allée. Nous pensons qu’en travaillant respectueusement nos sols, en cherchant comment aider nos vignes avec les huiles essentielles et les plantes médicinales, en vendangeant à la main pour éviter tout traumatisme à la vigne, en privilégiant la main de l’homme et son regard, cela va continuer.

 

 

Voilà, une saison s’achève, première vendange certifiée biologique du Pech et il nous faut déjà penser à la suivante.

Je nous vois parfois comme des peintres à la Prévert tentant de faire le portrait d’un oiseau. L’oiseau serait nos vignes et le vin son chant.

PUBLIER CETTE PAGE OU VOTER POUR CET ARTICLE SUR DIGG-FRANCE.COM

Bio Vin Bio
Gralon

Webmaster Agence Web multys.com, création de site internet sur mesure, version 1.4.5.0

A propos de l'auteur

Name of author Magali Tissot et Ludovic Bonnelle
Vignerons en biodynamie.

Send mailinfo@domainedupech.com
Petit appel a resistance

Disclaimer

L'ensemble de ce site web est couvert par le droit d'auteur et marques déposées. Vous pouvez télécharger ou imprimer sur papier des pages et/ou des parties du site web, pour autant que vous ne supprimiez pas les mentions relatives au droit d'auteur ou autres mentions concernant les droits de propriété.

© Copyright 2010

Sign in