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-Les nouvelles du Pech-
Magali TISSOT et Ludovic BONNELLE
Artisans Vignerons
Elucubrations, saison 2009
Sujets du jour :
1- Apologie des millésimes en « 9 » (29, 49…) et comparaisons entre 1982, 1989 et 2009 (explication, illustration, commentaire).
2- Les répercussions de la crise sur une petite exploitation viticole : baisse de la consommation de vin, augmentation du prix d’achat des matières premières, frilosité des banquiers, étouffement administratif des petites entreprises, mais aussi les lois du Marché, les attentes des Consommateurs, l’uniformisation, la standardisation des goûts, l’hygiénisme ambiant, le manque de curiosité, la peur de l’inconnu, le désir d’appartenance à un groupe, le besoin de reconnaissance et ... l’effet papillon.
Sur notre colline du bout du monde, bien conscients de l’effet papillon, nous essayons de cultiver les petits bonheurs. Les semer au bon moment, au bon endroit, les aérer un peu et les regarder s’épanouir sont des apprentissages qui demandent beaucoup d’attentions.
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Préambule
En ces temps difficiles, plutôt que faire l’autruche ou le dos rond, nous nous donnons des coups de pied dans le derrière (à deux c’est plus facile !) pour ne pas simplement ronronner mais toujours nous remettre en question, chercher et progresser.
Pour trouver et garder l’énergie nécessaire, nous utilisons deux remèdes également efficaces.
Le premier consiste en une promenade dans nos vignes. Ce remède ne peut pas s’appliquer tous les jours de l’année, il est idéal en début de printemps lorsque la vigne sort de son repos hivernal avec le fourmillement de vie qui l’accompagne ou par un bel après-midi d’automne, quand les feuilles finissent de tomber. On prend alors la mesure du travail accompli et de l’énergie revenue : loin des tristes paysages viticoles moribonds, la vie semble au repos.
Le deuxième remède peut être pris tous les jours de l’année. Heureusement, nous n’en sommes pas encore là. Il consiste en un petit tour de cave avec dégustation des millésimes en élevage. En remontant du chai, nous avons à chaque fois la certitude que nos vins nous récompensent de nos efforts -les effets de l’alcool ??-.
Nous sentons une constante progression dans les vins liée aux choix de conduite du vignoble et au travail du chai : désapprendre la technique, filtrer les technologies pour ne retenir que l’indispensable, ébranler les certitudes pour apprendre à simplement guider nos vignes et nos vins, et être à leur écoute.
Itinéraire technique du 2009
Après trois millésimes de vignerons, millésimes pour lesquels les choix humains viennent pallier les caprices du temps, voici une année plus classique.
Etat des lieux avant la saison végétative : les réserves en eau des sols sont correctes (fin d’automne 2008 et début d’hiver bien arrosés), l’hiver a été assez froid, les chantiers de taille et d’entretien du vignoble ont pu se dérouler convenablement.
Les premiers jours de beau temps profitent tout de suite à la vigne avec un démarrage précoce et harmonieux de tous les bourgeons.
Puis, s’amorce un changement de cap, avec une trame de nuits plutôt froides et de journées humides et fraîches parsemées de beaux jours ensoleillés. La vigne poursuivit son développement, toujours équilibrée, mais en manque de lumière et de chaleur. La couleur de son feuillage nous alerte alors de sa fragilité grandissante envers son vieil ennemi le mildiou, qu’il faut contenir jusqu’au 15 juin : les contaminations des années précédentes (présence de nombreuses spores au sol) et les conditions climatiques du début de saison le rendent virulent durant une période de grande sensibilité de la vigne (pousse importante, développement des boutons floraux, début de la floraison).
Autour du 20 juin, avec le retour d’un franc soleil et de la chaleur, la baisse du stress chez les vignerons est sensible : la floraison se finira dans des conditions rêvées, ce qui induit théoriquement des grappes régulières et une certaine homogénéité pour les vendanges. La suite nous rappellera la différence entre la théorie et la pratique…
Avec les belles et chaudes journées d’été, la vigne se pare du vert éclatant des belles et grandes années qui nous fait deviner qu’elle n’a plus besoin d’être accompagnée. La vigilance (mildiou et oïdium) est tout de même maintenue jusqu’au 10 juillet.
J’y vais, j’y vais pas ? J’y retourne ou pas ? Telles sont les questions existentielles que nous nous poserons jusqu’à la véraison (moment où les grains changent de couleur, passent du vert au violet, de la phase de croissance à la phase d’accumulation des sucres), phase à partir de laquelle les raisins sont à l’abri des maladies cryptogamiques hors botrytis. Restent les feuilles. Elles doivent demeurer les plus saines possibles jusqu’aux vendanges pour assurer une belle maturation aux raisins et garantir au cep de vigne l’accumulation des réserves pour passer l’hiver.
Les nerfs sont tenus à rude épreuve à l’approche d’une pluie ou d’un orage… Mais il fait chaud et sec en cet été 2009, les vendanges s’annoncent donc précoces et courtes (véraison quasi simultanée de nos différents cépages).
Cette année, nous avons beaucoup travaillé avec les huiles essentielles, incomparables pour renforcer le système immunitaire de tout être vivant. Ces huiles, associées aux plantes médicinales que nous trouvons en partie sur le domaine, nous ont permis d’utiliser de très faibles doses de cuivre.
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Vendanges
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La fin du cycle végétatif a été plus difficile. Le stress hydrique cumulé aux fortes températures a, comme en 2003 ou 2005, provoqué des blocages physiologiques ayant pour conséquence une maturation très lente des tanins, d’autant plus que les peaux des raisins étaient très épaisses.
Nous avons décidé de commencer les vendanges le 4 septembre pour notre sauvignon blanc, un dimanche entre amis, comme tous les ans. Beaux raisins dorés, très sucrés, bien équilibrés, tous petits rendements.
Les choix ont été plus difficiles pour les rouges, et les vendanges ne se sont finies que le 14 octobre, ponctuées par deux épisodes pluvieux. Le premier à la fin de la récolte des raisins destinés à élaborer le jarnicoton, cuvée en modelage depuis 2002 qui a cette année trouvé son véritable profil.
La pluie a permis aux merlots et aux cabernets francs du Pech et de la Badinerie de finir leur cycle : jus aromatiques, pas d’amertume au niveau des pépins et peaux mûres.
Les cabernets sauvignons se sont fait attendre et nous avons frôlé la catastrophe lors du gros orage qui a précédé leur récolte : amas de grêle à 500 mètres à vol d’oiseau.
Il aura fallu en croquer des peaux cette année avant de se décider à vendanger ! Dégustations à deux voix (en l’occurrence, deux bouches, deux palais, deux mémoires sensorielles) indispensables à la prise de décision.
Cette année encore, les volumes sont bien faibles : les sauvignons, cabernets francs et cabernets sauvignons n’étaient que peaux et pépins, mais nos petits rendements ont permis d’atteindre une maturité parfaite.
Il est toujours difficile de parler d’un millésime avant qu’il n’ait vécu son premier hiver mais les jus que nous goûtons aujourd’hui sont remarquables d’équilibre et de promesses.
En conclusion, et sans répondre au sujet, 2009 est parti pour être exceptionnel…chaque millésime est unique !
Des nouvelles de notre petit monde
Nous pourrions disserter, au risque de faire un hors sujet, sur le suremballage, la surconsommation, l’appauvrissement génétique des espèces, sur la biodiversité en péril, la perte des savoirs ancestraux, les choix culturaux imposés par les modèles économiques, mais nous risquerions de gaspiller de l’encre et du papier à des discussions sans fin qui pourraient nous plonger dans un état nécessitant le suivi régulier de nos vins en élevage. Et bon, l’alcool à fortes doses même issu d’un produit sain et naturel est mauvais pour la santé, cela ne fait pas de doute !
Nous nous contenterons donc de vous donner un éclairage sur le monde du vin observé de notre petite lucarne.
Au niveau des rapports de force, les vins technologiques, faciles, aussitôt bus aussitôt p…és l’emportent toujours (tant que ça ne fait pas de trous dans les chaussures…). Vins auxquels sont opposés de plus en plus souvent les vins dits « naturels » et les vins issus de raisins cultivés en agriculture biologique ou bio-dynamique. Le sujet fait débat dans tous les supports de communication, preuve s’il en est d’un intérêt grandissant. Entre les deux, on trouve le vaste monde des vins conventionnels tant sur le plan cultural qu’œnologique. On a ici les « presque bios » pour lesquels, à votre insu, on a employé un peu de glyphosate parce que l’herbe, c’est pénible à maîtriser, un peu d’insecticide parce que les taches sur les feuilles ça fait rigoler les voisins, un petit produit systémique bien placé parce que la pression maladie est trop forte et qu’on a des impératifs économiques, enfin rien de bien grave !
La certification par un organisme officiel, avec logo AB, demeter ou biodivin après trois années de conversion fournit le seul réel signe d’un engagement… engagement par obligation ou par conviction.
Le vignoble français est le secteur agricole qui enregistre le plus grand nombre de conversions vers l’agriculture biologique, aides à la clef. Espérons que ces choix ne sont pas purement économiques ou commerciaux et qu’ils s’accompagneront d’une petite révolution intérieure.
Vous pourrez voir à partir du millésime 2010, le terme « vin biologique » sur les étiquettes, le cahier des charges de vinification biologique européen est en cours de finalisation (vers le 15/12/2009). Cahier des charges réalisé à 27, avec tous les aménagements que cela suppose (acceptation de divers traitements physiques du moûts tels l’osmose inverse ou la flash-pasteurisation, exigence peu contraignantes pour l’emploi du soufre…). Cette année déjà, les copeaux de bois, récemment autorisés en vinification ont envahi les chais, y compris chez les bios, venant pallier au manque de maturité des tanins.
Finalement, le logo ne garantit pas tout. Nous sommes condamnés à lire derrière les étiquettes pour décrypter l’éthique des producteurs.
Et la réforme des AOC ?
Les cahiers des charges ont été réécrits sans grande ambition pour notre appellation. Il va falloir s’autocontrôler, déclarer, être contrôlés : consignations, formalités, avertissements, sanctions et exclusions vont s’intégrer au vocabulaire des opérateurs que nous sommes devenus. La traçabilité, monsieur ! Citons aussi l’organisme d’inspection (le contrôleur), les organismes de gestion (les anciens syndicats d’appellation), les AOC qui deviennent AOP…
Le point positif reste le contrôle et la dégustation des vins au plus proche de la mise en marché, même si le scepticisme est de mise quant à la formation des dégustateurs. Nous allons également devoir tenir un registre parcellaire et consigner le nombre de ceps manquants. Très bien si l’objectif est d’empêcher la production de 60Hl /Ha sur une parcelle qui a 30% de manquants. Quelle sanction pour le vigneron qui ne veut pas arracher sa vigne cinquantenaire et qui ne lui demande que 15 Hl ? A suivre…
Quel traitement des cas particuliers ? Les normes, si elles évitent certaines dérives ou pratiques abusives ne garantissent pas la qualité d’un produit. Rigueur ou rigidité ?
Allez, une dégustation valant dix analyses, je me demande si on ne va pas aller faire un petit tour de cave !
Cheminement des pêcheux pêcheurs pêchistes pêchus
Impossible de nier la période difficile que nous traversons, du fait en grande partie de nos déboires avec l’appellation.
Nous continuons à nous battre et nous sommes assez heureux d’élaborer un vin qui ne laisse pas indifférent, au plus proche de son terroir et de ses artisans, sans tromperies ni artifices.
De millésime en millésime, notre exigence va grandissante. On croise nos expériences avec des vignerons dont on apprécie la plupart du temps l’humilité. Loin des coqs pleins d’assurance, les vignerons en recherche, ceux qui prennent des risques, font des essais et assument leurs échecs sont nos vignerons de cœur.
Nous sommes également heureux de travailler sans automatisme, avec un regard nouveau sur chaque saison et la volonté de trouver par nous-même une solution à chaque problème à la faveur des rencontres sur les chemins de traverse ; heureux également d’être sortis de la spirale des rendements et de la rentabilité à tout prix et de consacrer une grande part de notre énergie à préserver et dynamiser la vie dans notre petit écrin.
Faute de savoir exactement où nous voulons aller, nous avons conscience aujourd’hui de ce que nous ne voulons pas ou plus. Cela nous allège considérablement.
Quelques encouragements bienvenus (guide Gilbert et Gaillard 2010, guide des vins Gault Millau 2010 …), des partenariats solides avec de bons importateurs nous aident à maintenir le feu allumé : beaucoup d’idées et de projets dont certains aboutiront cette année.
Pas facile de se donner les moyens de travailler comme on aime !
De la plantation du plant de vigne à la mise en bouteille d’un vin, de la commercialisation au travail de bureau, nous avons dix mille compétences à maîtriser.
Sans cesse, il faut se recentrer sur ce que l’on aime, sur ceux que l’on aime pour ne pas se laisser happer par le tourbillon de la vie.
Faire des pauses, respirer, profiter de la beauté et de la magie de la nature, garder sa capacité d’émerveillement. Et résister.
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Petit appel à la résistance
Nous vous invitons à ne pas vous laisser guider
par le chant des sirènes,
À résister au plaisir immédiat et à l’instantanéité,
<!--[if !vml]-->À rester vigilants et critiques,
À cultiver humilité et curiosité,
À rester ouverts et constructifs. …
bon vent
Thèmes de réflexion pour les longues soirées d’ivresse
« Plus j’apprends, plus je m’aperçois que je ne sais pas » (Galilée)
« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir » (Henri Poincaré)
« L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit » (Aristote)
« Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent » (André Gide)